Le « système Chirac », structuré autour du Rassemblement pour la République (RPR) fondé en 1976, a transformé le mouvement gaulliste en une véritable « machine de guerre » électorale. Ce système reposait sur un triptyque : un fief territorial puissant (la Mairie de Paris), des réseaux d'influence hérités du gaullisme de combat, et un financement occulte institutionnalisé.
La Mairie de Paris : Cœur logistique et financier
De 1977 à 1995, Jacques Chirac utilise la Mairie de Paris comme une base arrière pour conquérir l'Élysée. Le système y est décrit par les enquêteurs comme une confusion entre les ressources publiques et les besoins du parti.
Les emplois fictifs : Des dizaines de chargés de mission ou de secrétaires étaient payés par la Ville de Paris alors qu'ils travaillaient exclusivement pour le RPR ou des associations politiques proches de Jacques Chirac. Cette affaire aboutira à la condamnation d'Alain Juppé en 2004 et de Jacques Chirac lui-même en 2011.
Le clientélisme immobilier : La gestion des terrains et des logements sociaux de la capitale servait à fidéliser un électorat et des cadres du parti, renforçant l'hégémonie du RPR sur la capitale.
Les réseaux de financement et « l'intendante »
Le financement du système reposait sur une collecte de fonds massive auprès des entreprises de BTP en échange de l'obtention de marchés publics.
Louise-Yvonne Casetta : Surnommée « l'intendante » ou la trésorière officieuse du RPR, elle était le pivot de la collecte de fonds occultes, gérant des remises d'espèces provenant de chefs d'entreprise.
Michel Roussin : Ancien gendarme et bras droit de Chirac à la mairie, il assurait le lien entre les services de renseignement, la sécurité du parti et les flux financiers.
Charles Pasqua et les réseaux de force
Charles Pasqua a incarné la « part d'ombre » du système chiraquien, s'appuyant sur des méthodes héritées de l'immédiat après-guerre.
L'ordre et l'intimidation : Cofondateur du SAC (Service d'Action Civique), Pasqua contrôlait des services d'ordre musclés, souvent infiltrés par des éléments du milieu criminel (notamment corses et marseillais) pour assurer la protection du régime et intimider les opposants.
La Françafrique : Le système Chirac a perpétué les réseaux Foccart en Afrique, utilisant des circuits financiers opaques (pétrole, ventes d'armes) pour financer les campagnes électorales françaises en échange du soutien à certains régimes africains.
De la « machine » RPR à la dissolution dans l'UMP
En 2002, après sa réélection, Jacques Chirac acte la dissolution du RPR au sein de l'UMP (Union pour un Mouvement Populaire). Pour certains analystes, cette fusion visait non seulement à unifier la droite, mais aussi à rationaliser un système devenu trop exposé judiciairement, tout en vidant le gaullisme de sa substance originelle pour le transformer en un grand parti conservateur néo-libéral.