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Le Gaullisme comme système politico mafieux

 L'analyse du gaullisme comme un système de réseaux occultes, parfois qualifié de « politico-mafieux » par ses détracteurs, trouve ses racines dans la méfiance profonde du président américain Franklin D. Roosevelt dès 1940 et s'est cristallisée après 1958 avec la mise en place de structures parallèles comme le SAC et la Françafrique.

La vision de Roosevelt : De Gaulle comme « apprenti dictateur »

Dès l'exil du général de Gaulle à Londres en 1940, Roosevelt manifeste une hostilité radicale à son égard. Il le considère non pas comme un libérateur, mais comme un « autocrate arrogant » et un « apprenti dictateur ». Pour le président américain, de Gaulle est un « néo-bonapartiste » qui utilise la guerre comme tremplin pour instaurer un pouvoir personnel sans mandat électif.

Cette méfiance a conduit Roosevelt à envisager des solutions radicales pour neutraliser l'influence du Général :

  • Le projet « Wallonie » : Roosevelt a sérieusement envisagé le démantèlement de la France après la guerre, proposant la création d'un État tampon nommé « Wallonie », incluant le nord de la France, la Belgique, le Luxembourg et l'Alsace-Lorraine.

  • L'AMGOT (GMAF) : Washington souhaitait placer la France sous administration militaire alliée (GMAF), traitant le pays comme un territoire occupé plutôt que comme un allié souverain.

  • La préférence pour Giraud : Roosevelt a activement soutenu le général Henri Giraud, perçu comme un militaire « docile et malléable », plus conforme aux intérêts américains que de Gaulle .

Le gaullisme comme système de réseaux (SAC et Françafrique)

La critique du gaullisme en tant que système « politico-mafieux » s'appuie sur ce que les historiens appellent la « part d'ombre » du pouvoir, caractérisée par des structures doublant les institutions officielles.

  • Le Service d'Action Civique (SAC) : Fondé en 1960 par Jacques Foccart, Achille Peretti et Charles Pasqua, le SAC est souvent décrit comme une « police parallèle » au service exclusif du régime. Bien qu'officiellement destiné à défendre la pensée gaulliste, il a été impliqué dans de nombreuses affaires de violences électorales, d'intimidations et de liens avec le banditisme, notamment à Marseille. La Commission d'enquête parlementaire de 1982 a conclu que son organisation interne l'entraînait inéluctablement vers des activités hors-la-loi.

  • Jacques Foccart et la Françafrique : Foccart, le conseiller de l'ombre, est l'architecte d'un système de relations occultes avec les anciennes colonies africaines. Ce réseau, mélangeant services secrets, diplomatie officieuse et intérêts privés (mines, pétrole), visait à maintenir l'influence française par des méthodes souvent brutales, incluant des coups d'État et des financements de partis politiques.

  • Alliances avec le « milieu » : Historiquement, le système a parfois reposé sur des alliances cyniques avec le grand banditisme (notamment corse) pour assurer des services d'ordre musclés ou infiltrer certains milieux, une pratique née à Marseille dans l'entre-deux-guerres et prolongée sous la Ve République.

En somme, là où Roosevelt craignait une dictature personnelle classique dès 1940, la critique contemporaine du gaullisme pointe plutôt un système de « souveraineté par l'usage de réseaux », où l'opacité et l'influence occulte (le « système Foccart ») ont durablement conditionné la vie politique française.