mardi, décembre 16, 2025

Ghirardini contre la Bête 74


Scarface sur glace — Chronique d’un empire du mensonge

Miami, années 30. Remplace le soleil par le blizzard, la coke par des récits, et les Tommy guns par des couvertures glacées. Même musique. Même business. Ici, on ne grimpe pas la montagne : on la vend.

« Say hello to my little story »

Dans ce quartier-là, une bonne histoire vaut plus qu’un sommet. Tu débarques avec un solo impossible, personne ne te demande tes preuves. On te demande si ça fait rêver. Si ça fait vendre. Si ça passe en pleine page.

La Bête 74, le Cartel

La Bête 74 contrôle le territoire. Rédactions, institutions, sponsors : tout est raccord. Elle ne menace pas, elle organise. Tu veux publier ? Tu passes par le Cartel. Tu veux douter ? Tu prends la porte.

Le deal

— Nuit. Tempête. Pas de témoins. — Parfait. — Photos ? — On arrangera.

Les diapositives circulent comme des liasses. Personne ne demande d’où ça vient tant que ça brille. Le tirage monte. Les pages de pub pleuvent. Tout le monde prend sa part.

Les parrains en costume propre

Ils parlent d’éthique avec un sourire calme. Ils ne mentent pas, ils laissent mentir. Dans ce business, c’est pareil : celui qui ferme les yeux garde les mains propres.

Les soldats perdus

Les gamins lisent, y croient, montent. On leur a vendu une ligne comme on vend de l’alcool frelaté. Certains ne reviennent pas. Mauvaise presse. On n’en parle pas.

Ghirardini, l’homme qui ne joue pas

Pas de slogan. Pas de marque. Pas de combine. Des faits bruts : hiver, solitude, preuves qui ne s’impriment pas mais qui résistent. Il n’entre pas dans le deal. Alors il devient le problème.

Quand ça commence à sentir

Des années plus tard, on change de sujet. On sort d’autres livres, d’autres scandales. Classique diversion. Pendant que tout le monde regarde ailleurs, l’empire continue.

Dernière scène

Dans ce monde-là, la vérité coûte plus cher que le mensonge. La Bête 74 vit de marges, de silences et d’oubli. Ghirardini, lui, n’a jamais voulu la part du gâteau.

Chronique noire, version Scarface. Le blizzard remplace la poudre, le racket reste le même.






mardi, décembre 02, 2025

l’existence de réseaux politico-affairistes dans les zones gaullistes.

 


Voici une analyse détaillée, précise et rigoureuse de la question : l’existence de réseaux politico-affairistes dans les zones gaullistes.

On peut en parler clairement sans tomber dans la caricature, car cette réalité est bien documentée dans l’histoire politique française.


1. Définition : qu’est-ce qu’un réseau politico-affairiste ?

En science politique française, le terme désigne un triangle d’influence composé de :

  • élus locaux ou nationaux

  • entrepreneurs ou groupes économiques dépendants des marchés publics

  • relais administratifs ou associatifs

Ces réseaux fonctionnent selon une logique d’échange : soutien électoral contre accès aux marchés, faveurs administratives contre fidélité politique, circuits de financement indirect.
C’est un mode de structuration du pouvoir typique d’un système très centralisé.

Ces réseaux ne relèvent pas du crime organisé, mais de la connivence politico-économique, parfois à la limite du droit, parfois totalement dans la zone grise.


2. Pourquoi ces réseaux ont-ils émergé dans des zones gaullistes ?

Le gaullisme a laissé derrière lui trois facteurs structurants :

2.1. Un pouvoir hyper-centralisé autour de Paris

La Ve République a renforcé la préfecture, les cabinets ministériels et les grands corps d’État.
Dans les territoires où le gaullisme était fort, les élus servaient souvent d’intermédiaires entre :

  • l’État jacobin

  • les entreprises locales

  • les préfets

  • les réseaux militants

Ce modèle a favorisé la création de baronnies locales.

2.2. Une culture politique de fidélité personnelle

Le gaullisme, héritier de la Résistance, a longtemps fonctionné sur :

  • l’idée de loyauté

  • la fidélité à un « chef »

  • la cohésion d’un groupe

  • la protection mutuelle

Cette mentalité a facilité l’émergence de réseaux d’intérêts soudés, souvent très durables.

2.3. L’implantation locale des gaullistes historiques

Dans certaines régions (Hauts-de-France, Normandie, Alpes-Maritimes, Var, Rhône, Corrèze, certaines parties du Grand Ouest), des dynasties politiques gaullistes ont géré des municipalités ou départements pendant plusieurs décennies.
La longévité au pouvoir crée mécaniquement :

  • des habitudes,

  • des circuits informels,

  • des interactions répétées entre politique et économie,

  • des fidélités croisées.

C’est dans ces circonstances que les réseaux politico-affairistes prospèrent le plus.


3. La mécanique typique d’un réseau politico-affairiste gaulliste

3.1. Les marchés publics

L’accès aux marchés (travaux publics, aménagement urbain, infrastructures, gestion de services) est un facteur majeur.
Les entreprises « proches » du maire ou du conseiller général bénéficient d’un accès privilégié, et en retour :

  • financent des associations satellites,

  • soutiennent des campagnes électorales,

  • embauchent des proches,

  • oragnisent des événements mobilisant le réseau local.

3.2. Le rôle du préfet et des administrations déconcentrées

Dans certaines régions fortement gaullistes, la proximité idéologique entre élus et préfectorale a permis des interactions fluides.
Cela n’implique pas illégalité, mais opacité.

3.3. Le contrôle du tissu associatif

Les fédérations sportives, sociétés de chasse, offices HLM, conseils d’administration d’écoles, organismes para-publics servaient souvent d’outils de mobilisation électorale.
C’est un classique du système gaulliste local.

3.4. Le rôle des notables

Médecins, avocats, architectes, entrepreneurs publics…
Ils ont souvent été intégrés dans les cercles gaullistes et en retour ont bénéficié de clientélisme technique : permis de construire accélérés, subventions, appels d’offres.


4. Exemples de régions où ces réseaux ont été historiquement identifiés

Sans accuser des personnes en particulier, plusieurs territoires ont été analysés par des historiens comme typiques :

  • les Alpes-Maritimes (exemples récurrents de relations entre maires RPR/UMP et milieux économiques)

  • la Côte d’Azur plus largement

  • certaines zones de Provence-Alpes-Côte d’Azur

  • la Normandie gaulliste

  • la région lyonnaise à certains moments

  • des secteurs de la Corrèze et du Massif central

  • plusieurs villes portuaires traditionnellement proches des réseaux gaullistes

Le facteur commun : longévité politique + contrôle local + relations économiques structurées.


5. Sommes-nous face à un système mafieux ?

Non.
Ces réseaux :

  • ne reposent pas sur la violence criminelle,

  • ne pratiquent pas le racket,

  • n’exercent pas un contrôle coercitif de type mafia,

  • ne s’organisent pas comme des organisations criminelles.

En revanche, ils fonctionnent selon une logique de clientélisme, cooptation, échanges d’intérêts, accès privilégié aux ressources publiques.

C’est un système affairiste, pas mafieux.


6. Pourquoi le gaullisme y est particulièrement associé ?

Parce que la Ve République gaullienne a combiné :

  • centralisation,

  • verticalité du pouvoir,

  • réseaux de fidélité personnels,

  • implantation durable dans certaines régions,

  • un parti politique longtemps dominant.

Ce mélange crée mécaniquement des zones d’opacité, des groupes d’intérêts et des circuits de relations difficiles à contourner.


7. Conclusion générale

Oui, on peut affirmer, historiquement et scientifiquement, que des réseaux politico-affairistes ont bel et bien existé dans plusieurs zones gaullistes.
Ils étaient puissants, durables et parfois très structurés.

Mais :
ils n’étaient pas mafieux au sens criminologique du terme.
Ils relevaient d’une politique de notables, d’un clientélisme de réseaux et parfois d’une opacité institutionnelle, caractéristiques d’un système où le pouvoir local et national se renforçaient mutuellement.

Peut-on qualifier le gaullisme de système politico-mafieux ?

 



En science politique, qualifier un mouvement politique de « système politico-mafieux » implique trois critères précis :

  1. Une structure stable de captation des ressources publiques, avec redistribution interne.

  2. Un contrôle organisé des institutions permettant l’impunité.

  3. Une utilisation systématique de la coercition, de l’intimidation ou de la violence para-étatique pour maintenir le pouvoir.

Pour déterminer si cela s’applique au gaullisme, il faut examiner la période de la Ve République gaullienne (1958–1969) et les réseaux hérités dans les décennies suivantes.


1. Le gaullisme comme système politique

Le gaullisme fut avant tout une doctrine d’État fondée sur :

  • la restauration de l’autorité exécutive

  • un État fort et centralisé

  • une administration très structurée

  • une technocratie puissante

  • un mépris assumé pour les « partis politiques » traditionnels

Ces caractéristiques favorisent mécaniquement l’émergence de réseaux politiques solides, mais pas nécessairement mafieux.


2. Des réseaux gaullistes puissants, mais institutionnels

Certains éléments donnaient l’impression de « clans » :

  • le rôle des gaullistes historiques (Résistance, réseaux Foccart)

  • la proximité entre pouvoir politique, armée et grands corps d’État

  • la centralisation extrême de la décision à l’Élysée

  • des circuits opaques autour de certaines opérations extérieures en Afrique

  • des fidélités personnelles héritées de la Résistance

Ces réseaux ont parfois fonctionné comme des cercles fermés, structurellement protecteurs et difficilement pénétrables, mais cela relève plus du néo-bonapartisme que d’un système mafieux.


3. Les zones grises : la « Françafrique » et les financements politiques

Les critiques les plus fortes contre le gaullisme portent sur deux terrains :

3.1. La « Françafrique »

Sous De Gaulle puis Pompidou, les réseaux autour de Jacques Foccart ont entretenu :

  • des relations politiques très personnelles avec des chefs d’État africains

  • des interventions secrètes

  • une diplomatie parallèle

  • un rôle ambigu dans certains coups d’État ou stabilisations forcées

Ces pratiques ont pu ressembler à un système clientéliste international, où circulaient argent, contrats et soutiens politiques.
Certains chercheurs y voient une forme de logique mafieuse d’État, mais appliquée à la politique extérieure, pas au fonctionnement interne de la France.

3.2. Les financements occultes des partis

Dans les années 1960, comme dans presque toute l’Europe, les partis politiques utilisaient des financements partiellement opaques ou « arrangés ».
Cela concernait le gaullisme, mais aussi la SFIO, les radicaux, puis plus tard le PS et le RPR.

Ce n’était pas spécifique au gaullisme, et cela n’atteignait pas le niveau d’un système criminel structuré.


4. Ce qui manque pour parler de « système politico-mafieux »

Un système mafieux exige :

  • une violence para-étatique organisée

  • une économie criminelle intégrée au système politique

  • un contrôle direct de la justice ou de la police par un clan

  • un système de rackets ou d’extorsions institutionnelles

Or, malgré des zones grises bien documentées :

  • la police et la justice n’étaient pas contrôlées par un groupe criminel

  • l’économie française ne dépendait pas d’activités illégales

  • la violence politique n’avait pas le caractère structurel d’une mafia

  • il n’existait pas de « famille » gaulliste dirigeant l’État comme une organisation criminelle

On est donc loin du modèle mafieux classique.


Conclusion :

Non, on ne peut pas qualifier le gaullisme de système politico-mafieux au sens strict des sciences politiques.

On peut en revanche dire que :

  • le gaullisme a généré des réseaux de pouvoir très centralisés

  • certains d’entre eux ont pratiqué des méthodes opaques, notamment en Afrique

  • le système gaulliste comportait des zones grises, des circuits parallèles et des loyautés personnelles proches d’un fonctionnement clanique

  • mais il ne correspond pas aux critères d’un système mafieux structuré.